LOUHAN - Chapitre 11 : des Liens et des Liés

 Les rapports sexuels, ça créé des liens. Tu vois, j'aime bien écrire pour des phrases dans le genre. Ça paraît débile, mais moi ça me soulève ! La littérature me plaît pour le style, comme de mettre en évidence des évidences... J'ai également un goût spécial pour le pléonasme, que d'aucuns (à la mine aussi sévère que l'anus) jugent comme une faute de français, alors que, pour moi – ayant une frimousse aussi avenante que cette petite porte d'entrée vers de grands plaisirs – c'est simplement une figure de style qui marque une insistance. Il y a toujours aussi une certaine vibration intérieure à faire « ce qui ne se fait pas »... On sait combien c'est le cas en matière de sexe, mais également l'unique manière de progression dans bien des domaines ! et à commencer par celui de l'art. Tous les artistes qui ont compté, quels que furent leurs domaines, ont été dans la transgression. Je dis pas ça pour me comparer à eux, mais pour te dire qu'il ne faut pas avoir peur quand tu as envie ; pas avoir peur de tes envies.

Et donc, le fait d'avoir été pénétré par le sexe turgescent de Louhan – lui-même, en personne ! excusez du peu... –, analement et buccalement, a créé une disposition bienveillante, en général, l'un envers l'autre. Il y a une sympathie, une appréhension favorable, un sentiment de bien-être à se trouver en la présence de l'autre. Même sans se toucher. Même en ne faisant rien. Même en étant habillés. Même sans se parler. Même sans se voir. Même en étant loin. Lui et moi représentons quelque chose ! Et pas quelque chose d'ordinaire. Les bonheurs, grands ou petits, ce sont aussi des accidents de la vie. Sans doute que, pour certains chevronnés, le sexe n'est pas un événement... Juste un besoin, et un assouvissement. Or, je ne suis pas sûr que Louhan et moi ayons eu besoin d'avoir des rapports sexuels ensemble. Je dis cela dans le sens où il n'y avait pas de finalité. Il a une copine, et n'est donc pas en manque sexuel. De mon côté, j'étais encore dans la période post-séparation – d'avec Lucas, dont on parlera plus un de ces jours – et n'avais pas vraiment l'esprit orienté vers une nouvelle relation, me contentant de me délasser devant des vidéos. Je crois qu'on l'a fait parce qu'il fallait qu'on le fasse. Il est bi, je suis gay. On s'est trouvé sexuellement sur un point de rencontre. Une occasion qu'on n'a pas laissé passer. Ça a matché et l'on est devenu direct des besties charnels. Et maintenant, nous ne sommes plus des inconnus l'un pour l'autre – sur un plan formel –, mais bien des familiers, puisqu'il y a eu entre nous ce qu'on est bien obligé d’appeler des familiarités...

C'est vrai que, dans la vie courante, on ne voit pas si souvent que cela les parties intimes de personnes que l'on est amené à côtoyer... même si c'est un désir que l'on peut avoir, aussi fort soit-il. C'est pourtant un peu idiot, quand on y pense. « Oh, j'ai vu ta teube ! Oh j'ai vu tes fesses ! » So what ? Mais c'est plus fort que nous : ça nous intéresse... et même énormément ! Je vais te dire un truc perso : j'aime bien aller mater des BG sur le site Chaturbate. Ce sont des gars qui sont là, en live devant leur cam, et qui vont se dénuder, se masturber – ou plus si à deux, ou plus –, contre rémunération (modique). Déjà, il y a beaucoup de jeunes, 18-24, et tu peux faire des sélections de qui tu veux voir, selon plusieurs critères. Mes préférés sont nettement les Colombiens et les gars de l'Est – les deux beaucoup représentés. Deux styles très différents. Les Russes & co sont assez réservés, peu démonstratifs, voire assez gauches, mais d'une beauté fascinante ! au visage mystérieux, impénétrable, peu souriant, avec des corps souvent bien modelés par la gymnastique. Plutôt des tops, quoi. Les Colombiens, eux, sont mignons à croquer ; plus graciles, et beaucoup plus expressifs dans leurs attitudes caliente – et donc plus souvent bottoms. En passant, il y en a plein qui portent des grosses montres ! si ça te dit quelque chose... J'ai mes favoris et j'avoue avoir déjà payé pour les remercier d'offrir leurs charmes à mes yeux ravis. Ils font ça pour ça, et donc c'est le seul moyen de leur faire plaisir en échange. Ceci dit, ça pouvait être simplement pour qu'ils mettent leur visage en gros plan, les yeux sur l'objectif, comme s'ils me regardaient. Quand le gars est à mon goût – donc pas forcément beau, selon les critères en cours –, sa tête et son regard me font plus d'effet que voir ce qu'il a en bas. Idem s'il est vêtu (surtout pour un top), car l'imagination et le désir sont stimulés par cette délicieuse frustration. Et puis, un garçon, ça passe la majorité de son temps habillé ! avec son style, son allure. Tu peux pas ne pas aimer le voir comme ça... De toutes les manières : tu peux pas ne pas l'aimer tout court (ou tout long). Ces BG peuvent te procurer des émotions, à leur image animée de toutes les meilleures intentions à ton égard. T'as pas le côté glauque, misérable et même horrible de la prostitution, tout en ayant accès aux multiples charmes de multiples charmants jeunes hommes. La pensée m'a même traversée l'esprit de m'y exhiber moi-même... L'idée d'être une proie des désirs d'anonymes ne me laissait pas indifférent. Peut-être simplement un moyen de se rassurer en testant sa capacité à plaire ? Mais bon, c'était juste une pensée en passant, comme on peut en avoir plein d'autres, ne me sentant pas du tout porté sur l'exhib. Pas la peine donc de m'y chercher ! car je ne franchirai jamais ce pas. L'imaginer, comme ça, sans plus, m'a suffit.

D'un autre côté, dans la vraie vie (non virtuelle), il y a aussi les garçons qui ne plaisent pas. Ni aux filles, ni aux gays. Plus encore aux gays, car les filles sont quand même moins bêtes que ces idiots qui misent énormément sur le physique – et sur l'âge. Et si tu as un orteil en dehors de leurs critères stéréotypés, tu es mort. Sexuellement, tu es mort. Et après, les mêmes qui te jettent en un clin d’œil vont chouiner sur les réseaux : « Ouin ! J'ai pas de copain... » Ou encore : « Men are trash. » En fait, c'est que l’égocentrisme est une seconde nature chez eux – voire une première ! – et que le monde doit obligatoirement tourner autour de leur nombril, aussi petit que leur cerveau. C'est assez spécifiquement gay, il faut le reconnaître, et je n'ai que mépris pour ces attitudes futilissimes. Conseil d'ami : la frivolité, c'est mieux. Bon, perso, c'est vrai que je mets a priori une barrière de l'âge, mais c'est assez naturel. Il y en a qui aiment les plus vieux ou les plus jeunes, mais la plupart des gens préfèrent sa catégorie. Chacun ses goûts, mais ça ne change rien à l'aspect physique de mecs que pas grand monde – en apparence – ne regarde trop. Je dis « en apparence » parce que, moi, par exemple, j'en ai regardé beaucoup. Et quand je dis « regardé », tu as compris que ça signifiait : « désiré ».

Là, à ce stade du récit, j'ai écrit un passage spécifique sur les mecs des lycées techniques ou des CFA (centres de formation des apprentis) que j'aimais bien mater dans le bus. Cela faisait un beau morceau – je parle du texte ! –, mais je me suis finalement dit, aux relectures, que ce n'était pas assez et que j'avais encore plein de choses à dire sur eux, mais que ce n'était pas pour cette série (ce livre). Et donc j'ai coupé la partie en question pour la développer (comme elle le mérite) dans un texte à part, plus à sa place dans le blog (et livre) : « Adolicences ». Je te mettrai le lien quand il sera fait. En attendant, après ces longues digressions, il est temps de revenir là où la fin du précédent chapitre nous avait laissé.

Or donc j'étais dans la voiture d'un mec, assis à côté de lui – très proche finalement, physiquement et désormais dans mes pensées... nos pensées, car je sais que pour lui c'était pareil. Or ni lui ni moi n'étions pareils ! à la fois l'un envers l'autre, mais surtout soi-même par rapport à avant de connaître l'autre. Chacun s'est transformé, chacun n'est plus le même. Un avant et un après. C'est une étape, et l'on en est troublé, presque dérangé, sauf que c'est agréable... tellement. Je veux néanmoins surtout pas prononcer ici le (gros) mot d'amour ! Ne mélangeons pas tout. L'amour, c'est quand tu ne veux rien faire d'autre que d'être avec l'objet de cet amour. Et « objet » est le mot juste, car il me semble que c'est assez dépersonnalisé en fin de compte, si ce n'est déshumanisé. Tu es dans un tel délire d'adoration qu'il n'y a plus rien de sensé, de raisonnable. Et tu t'en bats les steaks TO-TAL ! C'est une sorte de démence, ahurissante, dévorante... et ce n'est pas pour rien que l'on appelle ça : « la passion », ce qui veut dire : « souffrance » (à l'origine). Il peut y avoir les dangereuses dérives de la jalousie maladive, ou toutes sortes de manifestation d'altération du jugement, pouvant conduire à des comportements hors limites. Fort heureusement, l'issu – ou simplement le vécu – n'est pas systématiquement dramatique ! On peut même dire que, la plupart du temps, ça se passe bien. Mais ce bien n'est pourtant pas un état naturel, car l'on est littéralement ensorcelé par cet autre qui, généralement, n'aura rien fait de spécial pour ça. Pas besoin : c'est toi seul qui te fais un film ! avec des effets on ne peut plus spéciaux... J'ai connu ça, intensément, avec mon premier grand amour, Abdoulaye, dont je raconte l'aventure dans le blog (et livre) : « le Roux et le Noir ». Aussi avec Lucas, mais ce n'était déjà plus aussi fort. Peut-être parce que le premier est top et le second bottom ? Pour Abdou, je n'ai publié que le début de notre histoire d'amour (de vacances), et il y a encore beaucoup à dire et à écrire... Je m'étais arrêté parce que bloqué pour décrire une scène de sexe. Je n'y arrivais pas, à la fois par timidité – car je raconte mon vécu réel – et aussi parce que l'exercice est périlleux, pour ne pas tomber dans le lourdingue de bas étage. Entendons-nous : ce n'est pas la vulgarité (par exemple) qui me fait peur ; comme en cuisine, c'est une question de dosage, sans compter qu'elle peut tout-à-fait faire partie de la sexualité sans que ce soit un scandale ! Les mots crus, par exemple, pendant l'acte peuvent très bien faire de l'effet. Mais, à l'écrit, je crains plus les lieux communs, la pauvreté du rendu, ou son exagération grotesque – chose dissemblable d'un certain lyrisme que j'affectionne. Bref, c'est ce que peuvent faire d'autres, tandis que j'aspire à être différent, avec ma particularité, selon ma personnalité. C'est le propre de chaque artiste qui se respecte ! et je ne veux être ni banal, ni ridicule – même si c'est un peu mieux dans le second cas parce qu'il y aurait eu une prise de risque. Le border line m'intéresse en tout cas. Mais bon, en un mot, je n'en avais tout simplement pas la capacité, les épaules, la carrure. Il faut dire aussi que mon propos – j'espère que tu l'auras senti – n'est pas tant de décrire ce qui passe dans mon cul ! mais bien plus ce qu'il se passe dans ma tête... Il s'agit surtout d'aller débusquer les tréfonds de l'âme humaine, confrontée à ces situations universelles, en cherchant à en sortir du singulier, une manière qui te dise quelque chose que tu connais, que tu as éprouvé, mais sans forcément l'avoir formulée. Si tu te dis : « Ah oui, pour moi aussi, c'était comme ça... » et que j'ai pu te faire sentir une part de toi-même qui restait informelle parce que non formulée, alors j'aurai réussi ce pourquoi je travaille, tous les jours.

Et ce jour-là, ce soir-là, j'étais là, assis à côté d'un jeune homme que je venais de sucer, et que je considérais comme mon homme, de ce fait, parce que nous étions liés par des liens. Des liens sexuels, c'est évident, mais d'autres aussi, certainement plus profonds et qu'il était difficile de reconnaître. J'y reviens, mais ni lui ni moi n'avions envie de nous dire : « Je t'aime », par crainte que ça soit mal pris ; soit qu'on trouve cela trop rapide ou trop engageant, soit qu'on n'ait pas envie de se l'avouer à soi-même. On n'était pas sûr non plus de l'état d'esprit de l'autre, pour qui ce n'était peut-être qu'un plan cul, plus ou moins éphémère, sans désir d'engagement. Je ne juge pas, mais ça arrive ; surtout chez nous... De fait, je ne pense pas du tout passer ma vie avec lui ! ni même qu'on s'installe ensemble, pour vivre ensemble. Je n'oserai même pas parler de couple. De couple, il y a celui avec sa meuf, et c'est tout. Moi, je suis un extra, une fantaisie. Ça compte quand même ! et il tient à moi, et à notre relation, mais on ne va pas s'emballer et rester dans le cadre qui est le nôtre, celui d'être des amants, passionnément ! mais pas plus.

Et pourtant, chacun sent bien qu'il y a quelque chose... Oui : un lien, un attachement. Quelque chose, je te dis ! mais sans pouvoir dire quoi... Pas la peine de mettre des mots standards, des mots pour tout le monde. On est pas tout le monde ! On est Louhan et Octave... et on est les seuls à savoir ce que ça veut dire. Encore que tu le saches aussi ; et peut-être plus que nous ? C'est que nous, on est dedans ; la tête à l'envers. Ça change le point de vue... Et l'on ne dit rien, et la nuit défile, silencieuse, à l'extérieur de la voiture, comme le monde qui nous entoure, mais sans pouvoir nous atteindre, car nous sommes inaccessibles à ses effets, n'étant plus que connectés aux nôtres, isolés dans une bulle du temps et de l'espace. On ne pense pas à ce qu'on éprouve pour l'autre – je parle de sentiments –, on pense juste à lui, à ce qu'il est, physiquement, matériellement, avec sa matière, et à ce qui va se passer, dans pas longtemps. L'on se sent très serein, dans un état agréable, essentiellement dû à cette simple présence de l'autre, très rassurante tout en étant quelque part dangereuse... Où cela va-t-il nous mener ? Et en même temps, on a le trac des sportifs de haut niveau avant d'entrer sur le terrain, la piste, l'arène. Bien malin qui pourrait dire, dans cette corrida qui s'annonce, qui sera le taureau, et qui le matador. On peut être l'un et l'autre, simultanément, ou alternativement. La rapport sexuel s'y prête, parce que chacun va tout donner, et que chacun va tout prendre... jusqu'à l'estocade. Sauf que nous, quand on n'en pourra plus, on va recommencer ! Et chaque seconde que l'on respire nous rapproche de ce grand moment de suffocations, de gémissements et de cris.

À suivre...

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